Deux chevaux blancs, par Boldini

Le tableau ici présenté est l’oeuvre de Giovanni Boldini(1842 Ferrare – 1931 Paris) peintre italien natif de Ferrare et formé à Florence, certes plus connu pour ses portraits de femmes mondaines que pour ses scènes animalières .

            Boldini, après Florence, vécut à Paris à Paris à partir de 1871, et il y effectua une grande partie de sa carrière avec succès.

            Il s’agit d’un étude pour une composition mettant en scène, en gros plan, un attelage de deux chevaux, composée entre 1881 et 1886 et préparatoire à un tableau  intitulé « Le Pont des Saints-Pères », conservée au Musée Giovanni Boldini à Ferrare.

            Elle représente les têtes de deux chevaux blancs, dans une composition resserrée dans un format carré plutôt inhabituel.

            La vigueur de cette œuvre, l’instantanéité du mouvement saisi alors que les chevaux sont en plein effort en font un véritable chef d’oeuvre.

            Ce tableau fut récemment exposé au Musée du Petit Palais à Paris (29 mars 2022-24 juillet 2022 ) lors d’une rétrospective de l’oeuvre de Boldini, et le cartel évoque les recherches sur la décomposition du mouvement entreprises par les photographes Eadweard Muybridge (1830-1904) et Etienne-Jules Marey (1830-1904).

            Les deux chevaux semblent tendus à l’extrême, rivalisant de force et d’énergie alors qu’ils tirent, trempés de sueur, leur charge. L’expressivité de la scène est rendue à coups de pinceaux vifs et nerveux et nous sommes loin de tout naturalisme édulcoré.

            De tout temps, immémoriaux, depuis les plus anciennes peintures rupestres jusqu’à nos jours, l’animal fut source d’inspiration pour l’artiste. Le Moyen Age accorda  une place de grande importance à tout un bestiaire , y compris d’êtres fantastiques tout droit issus de l’imagination de l’artiste et destinés à frapper l’imagination du spectateur.

            Dans un autre registre, l’animal fit l’objet d’une description, qui se voulait la plus exacte et fidèle  possible, destinée à faire l’objet d’études, de recherches scientifiques, ou simplement comparatives (le naturalisme).

            Tel n’est pas ici le propos de notre tableau : l’intensité dramatique qui s’en dégage suffit à décrire et restituer la psychologie de l’animal, sa frayeur, sa force, à l’aide d’une technique quasiment expressionniste avant la lettre.

Le mouvement futuriste italien, quelques années plus tard, tentera à son tour d’exprimer la force du mouvement et de la vitesse, et de les fixer sur une toile, de restiruer l’impression physique du mouvement, la fluidité du déplacement, l’énergie motrice.

            Les « Deux chevaux blancs » frappe à la fois par sa modernité et la hardiesse de sa technique, parvenant à restituer un étonnante, saisissante représentation du mouvement, de la vitesse, doublée d’un sentiment panique merveilleusement perceptible dans la psychologie rendue par la vitalité des chevaux.

            « Plus que nature », dirait le sens commun et c’est bien cette expression qui convient à cette perception soudain illuminée d’une réalité vécue et ressentie à nouveau à travers la vision évoquée par ce tableau : un instant fugace, une émotion pregnante, une sensation diffuse apparaissent brutalement, tel un éclair. Ce que la réalité nous avait fait ressentir, puis avait enfoui, le spectateur le revit, comme s’il ouvrait une fenêtre donnant sur son inconscient. Tel est le charme de la peinture, son pouvoir à la fois sensoriel et évocateur.

            Quelle est la nature profonde de ce stimulus qui fait que le spectateur se retrouve, se reconnaît dans un vrai tableau ? La réponse peut se trouver à mon sens dans cette formule : c’est le « temps arrêté », telle une fenêtre ouverte sur un  monde inconnu, immanent.

Tel est le pouvoir de la peinture

Michel Cabotse

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